L’agroécologie est aujourd’hui reconnue comme une solution systémique aux multiples crises qui affectent nos systèmes alimentaires : changement climatique, perte de biodiversité, malnutrition, précarité rurale, etc. Mais malgré le fait qu’elle propose une alternative crédible et ambitieuse à l’agriculture conventionnelle, elle reste encore peu soutenue, notamment au plan financier.
Pour sécuriser cette transition, il est essentiel que les maillons de transformation et de distribution garantissent des débouchés stables et des prix équitables. Dans ce cadre, le défi est de repenser les chaînes d’approvisionnement afin de mieux répartir la valeur et les risques, s’adapter aux spécificités de la production agroécologique et permettre une montée en volumes, le tout sans perte de radicalité.
L’une des voies d’un tel accompagnement est le développement de chaînes d’approvisionnement agroécologiques (CAAE) afin de garantir aux producteur·rices des débouchés fiables et des prix rémunérateurs. Ces chaînes engagent l’ensemble des acteurs des différents maillons (production, transformation, distribution), dans l’objectif de mieux répartir les risques et les efforts au sein du système alimentaire. Cette approche de sécurisation économique de la transition par le marché se veut complémentaire aux soutiens publics classiques de type PAC.
Une fois ce constat posé, reste la question des modalités :Comment concevoir et opérationnaliser ces chaînes d’approvisionnement agroécologiques, les soutenir et les mettre à l’échelle, tout en respectant les principes de l’agroécologie ? Les circuits courts ont longtemps été et restent l’une des principales réponses à ces enjeux. Mais de nombreux travaux académiques montrent leurs limites, non seulement sur la question de la montée en volumes, mais aussi en matière de viabilité économique, d’impact environnemental ou de diversité de produits (et ce même si ces limites sont essentiellement dues à des verrous socio-économiques et institutionnels freinant leur développement).
Pour répondre à ces questions, AiA a réalisé une étude ainsi qu’une note politique avec Oxfam Magasins du Monde portant sur la définition et la caractérisation des chaînes d’approvisionnement agroécologiques. Ce travail s’appuie sur un processus de concertation mené avec nos membres clés – syndicats agricoles, coopératives de transformation et de distribution, organisations de la société civile et chercheur.euses. Nous y définissons un socle de 4 critères communs à toute CAAE, permettant d’établir un plancher agroécologique minimum, inspiré des 13 principes de l’agroécologie mais adapté spécifiquement aux réalités des chaînes d’approvisionnement.
L’objectif global de ces travaux est de contribuer à structurer l’offre agroécologique en Belgique (notamment en réponse à des politiques axées sur la demande, telles que la sécurité sociale de l’alimentation), tout en aidant à préserver les principes de l’agroécologie face aux risques de récupération et d’institutionnalisation.