Si l’écologie sans lutte des classes est du jardinage, l’agroécologie sans approche de genre ne serait qu’un mode d’exploitation agricole respectueux de l’environnement.
Les luttes écologistes et sociales tendent encore trop souvent à reléguer la question du genre au second plan, considérant qu’elle serait secondaire face à l’urgence climatique, alimentaire ou économique. Pourtant, ignorer les rapports de domination revient à affaiblir nos propres combats. Le système agricole actuel soutient en effet encore largement des systèmes fondés sur l’exploitation des personnes et des ressources. Le travail des femmes demeure invisibilisé et sous-valorisé et ces inégalités ne sont ni marginales ni accidentelles : elles sont structurelles. Dans ce contexte, prétendre transformer les systèmes alimentaires sans remettre en cause ces dynamiques serait incohérent. Cela vaut pour les politiques agricoles, mais aussi pour nos organisations et nos mouvements.
L’agroécologie et le féminisme sont des concepts intrinsèquement liés. Tous deux répondent à un monde organisé autour de modèles d’exploitation : industrialisation agricole, capitalisme extractiviste, patriarcat. L’agroécologie que nous défendons ne sépare pas l’émancipation des humain·es de celle du vivant non-humain. Elle vise une transformation systémique des systèmes alimentaires, fondée sur la justice sociale et écologique.
Dans ce document nous souhaitons exposer les liens entre agroécologie et féminisme pour expliquer en quoi la transition agroécologique de nos systèmes alimentaires doit s’ancrer dans une approche de genre et féministe pour être transformative. Notons que ce document s’inscrit dans un processus de réflexion itératif, voué à évoluer. Il ne prétend pas figer une doctrine, mais clarifier un positionnement politique basé sur les connaissances actuelles : l’agroécologie est, par essence, féministe.